Les bons réflexes pour piloter et motiver son équipe à distance

Manager à distance : le nouveau défi du vigneron

Avec la crise du Covid-19, les vignerons ont dû adapter l’organisation de leur domaine, notamment en favorisant le télétravail pour certains profils métiers (marketing/export, finance, etc.). Cette situation suscite non seulement des problèmes techniques mais elle génère aussi des difficultés en matière de management pour planifier, coordonner, motiver et arbitrer à distance. L’exercice est complexe et mieux vaut que les vignerons s’y préparent car cela pourrait durer quelque temps encore.

Relever le défi du management à distance

Si #LaVigneContinue, les verrous posés par le confinement ont cadenassé les carnets de commandes mais aussi ébranlé les valeurs fondamentales de ceux qui font le vin : la proximité, l’hospitalité, la convivialité et le collectif.

Ces valeurs qui irriguent notre filière ont une incidence sur la façon de prévoir, de décider mais aussi de coordonner les activités au sein d’un domaine viticole. Sur le plan affectif, la relation entre le dirigeant et les salariés est très forte au sein des domaines familiaux. Les relations personnelles jouent un rôle déterminant dans l’action et dans l’efficacité collective.

Les récentes mesures gouvernementales prises en matière de télétravail amènent à s’interroger sur ce qui change dans le management des collaborateurs au sein d’un domaine.

Le travail à distance a une incidence sur l’atmosphère de travail et sur les relations interpersonnelles. Du point de vue relationnel, le contexte de communication est appauvri. Il n’y a plus de place pour les échanges informels, ni pour les moments de convivialité. Le manager n’a plus accès au langage non verbal, à des informations de contexte précieuses, qui renseignent également sur le niveau de motivation et sur les préoccupations de chaque salarié.

En matière d’organisation, la coordination des activités devient plus complexe à exercer pour structurer les actions de façon cohérente et optimisée entre ceux qui sont présents sur le domaine viticole et ceux qui travaillent ‘’à la maison’’.

Côté management, la supervision directe n’est plus possible. Le contrôle des activités peut difficilement s’exercer de visu.

Enfin, le travail à distance nécessite une bonne maîtrise technique des outils de travail en équipe à distance : agenda partagé, réunions virtuelles sous Skype, Zoom ou Teamworks, etc.

Si le vigneron n’adopte pas les bons réflexes, le télétravail d’une partie des collaborateurs peut nuire à l’efficacité et à la crédibilité de l’équipe vis-à-vis de ses clients et de ses partenaires. Cela peut également décourager durablement certains collaborateurs, conduire à l’isolement et au désengagement.

Encadrer et encourager à distance

La coordination à distance

Les bureaux physiques permettent des échanges fréquents, sur le vif. On repère le point de blocage, on trouve la solution rapidement. À distance, c’est différent. Fini les rencontres improvisées, il faut planifier et suivre les activités, pour éviter que chacun travaille dans son coin et que le dirigeant ne s’épuise dans un rôle d’interface intenable. Cela peut se réaliser à travers différents outils de management : un calendrier de travail partagé, la mise en place de relevés hebdomadaires d’activité, des fichiers partagés et l’organisation de points de rencontres virtuelles pour impulser régulièrement le tempo à son équipe.

Le contrôle à distance

Le manager n’est plus sur le terrain pour analyser finement les situations de travail et évaluer les résultats. Bien loin d’une “prise de main à distance” destinée à identifier les erreurs ou les manques, il s’agit de faire confiance tout en récoltant suffisamment d’informations pour suivre l’avancement des tâches. Contrôler, ce n’est pas surveiller le travail. Il est important de formuler des consignes claires dès le départ sur un objectif concret, spécifique, en plaçant la barre au bon niveau pour s’assurer que le collaborateur a bien les moyens d’atteindre l’objectif dans le délai imparti.

Contrôler, c’est aussi amener le collaborateur à s’autoévaluer en le questionnant : “Est- ce que cela te paraît satisfaisant ? Que faudrait-il pour que cela le devienne ? Que vas-tu faire concrètement pour faire évoluer la situation dans ce sens ?”

Finalement, faire confiance, c’est permettre à chacun, en fonction de son autonomie, de trouver son chemin sans l’imposer.

L’importance de la météo personnelle

Le pilotage à distance ne doit pas être centré uniquement sur les tâches des collaborateurs. La perception des signes de préoccupations est indispensable car elle a aussi un impact sur la production et sur les résultats. Demander à chacun sa météo personnelle fait partie des questions à poser pour repérer les possibles désengagement ou démotivation de certains collaborateurs.

La porte ouverte en mode virtuel

À distance, il devient difficile pour un collaborateur de lancer une nouvelle idée ou d’échanger spontanément. La manager doit être accessible en pratiquant la porte ouverte à distance, en précisant par exemple des plages horaires de disponibilité pour des échanges informels. Le plus important est d’être réactif dans sa réponse au collaborateur. Le feedback et le soutien sont plus que jamais nécessaires pour l’encourager et lui permettre d’accomplir les objectifs fixés.

Anticiper davantage, formaliser le travail à réaliser, faire des feedbacks réguliers, booster les discussions et la coopération au sein de chaque réunion virtuelle sont autant de clés pour motiver et pour responsabiliser son équipe à distance.

Saisir l’opportunité du télétravail comme un levier d’attractivité

La pratique du télétravail n’est pas nouvelle pour la filière. Certains domaines viticoles avaient déjà recours au travail à distance pour certaines fonctions (commerciale, marketing) afin de pallier un déficit d’attractivité de main-d’œuvre en milieu rural.

La crise sanitaire du Covid-19 a conduit les entreprises du vin à aller plus loin en favorisant le développement du travail à distance.

À l’issue de cette crise, il est possible que le management à distance soit perçu comme une opportunité par les collaborateurs souhaitant disposer de plus d’autonomie dans la gestion de leur travail et dans l’organisation de leur temps.

Les entreprises du vin devront intégrer à moyen terme ces nouvelles attentes à travers leur promesse employeur et la maîtrise du management à distance.
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Vigneron responsable : le regard d’une start up en viticulture de précision

Quand le digital contribue au développement de nouvelles compétences durables

Pour illustrer les 5 compétences durables de mon article précédent, j’ai choisi d’interviewer Benjamin Bois, le co-fondateur de DeaVerde, une start-up en agriculture de précision.

Ingénieur diplômé de Bordeaux Sciences Agro, Benjamin enseigne la viticulture à l’université de Bourgogne et mène des recherches en agro-climatologie viticole. Il a conçu avec Mario Rega l’application Notiphy.

Ce système en ligne permet au vigneron de communiquer de manière plus transparente sur les traitements phytosanitaires auprès des usagers de l’espace viticole et de limiter les expositions aux produits.

Savoir communiquer avec vos parties prenantes

Si le vigneron ne communique pas, alors il y a une perte de confiance entre les agriculteurs et les riverains. 

 « Le plus important pour nous, c’est que l’exploitant viticole puisse choisir l’information qu’il diffuse. Certains souhaitent communiquer auprès de leur personnel et d’autres de manière un peu plus large. » souligne Benjamin Bois.

« Les riverains ont peur qu’on leur cache des choses. Dans notre société, la défiance est permanente. Aujourd’hui plus que jamais, il faut avoir des outils qui permettent d’être transparent. »

Selon lui, cette transparence ne doit pas se faire à tout prix. Elle doit s’accompagner d’une information qui est maitrisée. Dans le cas contraire, elle peut donner lieu à des mauvaises interprétations.

 « Au départ l’exploitant a une démarche volontaire. Ce qui est important pour la communication, c’est qu’il va rencontrer les riverains uns après les autres, échanger avec eux pour leur expliquer pourquoi c’est nécessaire de traiter. »

Le système Notiphy permet ensuite de diffuser de l’information en temps réel. Ces informations peuvent être transmises par mail ou par SMS. Lorsqu’un traitement est annulé, le vigneron n’est plus contraint d’envoyer de nouveau un SMS pour indiquer que cette parcelle ne sera pas traitée. La solution logicielle permet d’automatiser cela.

Adopter les bons gestes numériques

L’utilisation d’un smartphone dans les vignes constitue un changement d’habitude pour les vignerons.

La start up Deaverde a d’abord conçu une Notiphy Box, composée d’un boitier lumineux émettant un signal tant que la réentrée n’a pas expiré. « Cela s’adresse à ceux qui vont pénétrer dans la parcelle la plupart du temps. On sécurise les ouvriers et les chefs d’exploitations ».

Daeverde a également développé le système Notiphy pour prévenir les gens à distance et de manière anticipée. 

« Il joue le rôle de la box mais dématérialisé. Le système en ligne prévient le destinataire en amont que l’on va traiter telle parcelle et de la date de retour possible. »

Pour que le système Notiphy fonctionne, il faut que le tractoriste joue le jeu. Il doit prévenir en temps réel depuis son smartphone que le traitement est en cours ou bien qu’il a terminé.

Agir de façon responsable

L’émergence de maladies liées à l’utilisation de produits sanitaires parmi les ouvriers ou bien les conseillers viticoles va générer de plus en plus de contentieux dans le monde viti-vinicole.

 « La MSA voit notre innovation d’un très bon œil avec un retour très positif, » souligne Benjamin Bois. « Même si les consultants et les exploitants essaient de limiter les intrants, cela reste difficile. Je ne vois pas apparaitre les variétés de vigne résistantes d’ici 5 ans ou 10 ans… et donc on aura encore besoin d’épandre des produits phyto et puis d’intervenir dans les vignes. Il est essentiel de prévenir et de communiquer sur ces activités… 

Le vigneron qui prend la décision d’équiper et de sécuriser ses parcelles est en avance sur son temps. Il est soucieux du bienêtre de tous les gens qui sont dans l’espace rural. 

En conclusion, la viticulture connectée est un levier précieux pour engager son domaine dans le développement durable. Une innovation comme Notiphy permet à chaque vigneron d’agir sur la santé de chacun et facilite le dialogue avec les parties prenantes.

Renouer avec la confiance des consommateurs et des citoyens est l’un des nouveaux défis du vigneron du XXIe siècle.

Par Sylvie Brasquies, publié le 12 Décembre 2019
Tous droits réservés©

 

jeune viticulteur

Cinq compétences durables pour entrer dans la viticulture du XXIe siècle

Le développement durable change la donne pour le vigneron

Les vignerons en sont conscients : ils vont devoir s’adapter au dérèglement climatique, modifier leurs pratiques viticoles en questionnant l’impact sur la biodiversité, la protection phytosanitaire, la fertilisation et la gestion de l’eau.  C’est un passage obligé. De nombreux domaines viticoles l’ont compris et s’engagent dans des démarches environnementales (HVE, Terras Vitis, Bio etc…)

Le développement durable change la donne pour le vigneron. Cela implique une autre façon de penser la qualité de son vin, de conduire son vignoble, de valoriser sa production et de gérer son domaine. Comment les vignerons peuvent-ils s’y préparer ? Existe-t-il des leviers au niveau individuel pour réussir ?

S’engager dans le développement durable, c’est avant tout une démarche volontaire. Il faut avoir envie d’y aller. Se former à un référentiel, maîtriser les normes réglementaires et les bonnes pratiques environnementales pour son domaine, c’est essentiel.

Pour passer à l’action, le vigneron devra mettre en œuvre de nouvelles compétences durables : un comportement responsable, une capacité de dialogue, la volonté d’associer son équipe dans un esprit collectif, la remise en cause de son organisation pour la faire évoluer et la recherche constante de nouveaux procédés innovants.

C’est en quelque sorte son carnet de route individuel pour transformer de grandes intentions en pratiques opérationnelles et entrer dans la viticulture du 21e siècle !

Agir de façon responsable

Aujourd’hui, sous la pression des consomm’acteurs, on ne demande plus seulement au vigneron de produire un vin de qualité, mais on attend désormais de lui un comportement responsable.

Un comportement responsable n’a rien d’évident. Cela implique une autre façon de prendre ses décisions, en intégrant l’impact de ses actions sur les autres. Quelle est la conséquence de mon action pour la santé de mes salariés, pour mes voisins, sur l’environnement ?

Envoyer un mail ou un SMS 48h avant un traitement au personnel, aux prestataires susceptibles d’intervenir au vignoble ou bien encore à ses voisins, c’est un comportement responsable. A long terme, le vigneron y gagne en motivation, en image et en crédibilité.

Communiquer avec TOUTES vos parties prenantes

Jusqu’ici le vigneron prenait en compte l’avis de ses clients directs, des acheteurs (CHR,GD) des prescripteurs, des bloggeurs… Aujourd’hui, pour faire du vin, il devient nécessaire d’associer de nouveaux acteurs : les fournisseurs de bouteilles, de matières sèches… les riverains, les mairies, les intercommunalités, les offices de tourisme etc.

L’organisation de journées découvertes ou de de repas lors des vendanges est l’opportunité de créer un dialogue avec chacune de vos parties prenantes, d’identifier les sujets qui ont du sens pour elles.

Développer un style de management plus participatif

Le vigneron engagé dans une démarche durable doit réussir à embarquer toute son équipe et la responsabiliser. C’est la consulter avant de décider. C’est s’appuyer sur les idées et les suggestions de chacun pour mieux les associer à la démarche. C’est adopter un style de management plus participatif et accepter de déléguer davantage.

Associer le personnel administratif et le service client à des moments clés de la vie du domaine pendant la taille ou bien lors de la dégustation d’un vin permet d’insuffler de nouvelles idées et de favoriser la collaboration entre tous.

Savoir se réorganiser

Le vigneron doit être mesure de se réorganiser en permanence, de repenser ses processus, de changer les pratiques : isoler les chais, refaire les revêtements de sols, mettre en place une station d’épuration, mieux gérer le lavage des tracteurs, l’évacuation des déchets etc.

Au niveau humain, ce changement d’organisation peut amener à faire bouger les gens dans l’entreprise, à faire évoluer leur rôle et leurs responsabilités.

Adopter les bons gestes numériques

Depuis ces cinq dernières années, les innovations technologiques foisonnent dans le domaine viti-vinicole afin de diminuer la pénibilité des taches et de réduire les impacts de la production viti-viticole sur l’environnement. Elles ont en commun de s’appuyer sur des équipements connectés et des applications numériques.

En ce sens, même si c’est l’observation parcellaire qui guide d’abord le vigneron, il doit s’appuyer sur les bons gestes numériques pour conduire son vignoble : utiliser son smartphone dans les vignes, consulter des tableaux de bord pour prendre les bonnes décisions.

En conclusion, engager son domaine dans une démarche durable, c’est un peu comme jeter un pont de corde pour atteindre l’autre rive. Et c’est bien désormais à chaque vigneron de savoir le franchir en développant de nouvelles compétences durables. C’est entrer dans la viticulture du 21e siècle.

Par Sylvie Brasquies, publié le 12 Décembre 2019
Tous droits réservés©

 

2018_conseil regional_forum-agriculture-innovation

Innovation et développement : comment conduire le changement?

Neoverticales participera au 3e Forum Agriculture Innovation 2018 organisé par La Tribune à Bordeaux, sur le thème de l’innovation et du développement durable,

le Mercredi 21 novembre de 14h00 à 17h30

Salle plénière du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

Les réglementations RSE progressent partout dans le monde. Notre filière V&S a défini ces dernières années de nouvelles orientations pour la réduction de l’usage des pesticides, pour une prise en compte du réchauffement climatique et d’un développement durable d’une viticulture de qualité.

Suite au lancement par l’Etat du dispositif national « Territoires d’innovation de grande ambition » (Tiga), la Région Nouvelle Aquitaine a été retenue pour construire un projet collectif baptisé VitiREV autour de ces thèmes environnementaux qui rejoignent des questionnements sociétaux forts et des questions économiques.

La 3e édition du Forum Agriculture Innovation, co-organisée par La Tribune et le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, vise justement à contribuer à la construction collective de ce territoire d’innovation créant de la valeur, respectant l’environnement et répondant aux attentes des citoyens.

Sylvie Brasquies apportera un éclairage lors de la  2e table ronde sur « L’innovation, un pari à tenter, des pratiques à diffuser ». Elle évoquera notamment la manière de conduire le changement pour parvenir à diffuser les meilleures pratiques et à favoriser leur adoption par les viticulteurs.

Animateur: Mickael LOZANO, La Tribune de Bordeaux
Intervenants: Sylvie Brasquies (Neoverticales), Philippe Abram (KA2 communication), Gilles Allaire (INRA Toulouse)

 

Retrouvez notre intervention lors de la table ronde 

L’innovation, un pari à tenter , des pratiques à diffuser

https://neoverticales.com/2018/11/22/comment-entrer-dans-la-viticulture-du-21e-siecle/

 

Interview-Sylvie-Brasquies-REUSSIR-VIGNE-n°245

Interview : dépasser les difficultés de la transmission

DE L’IMPORTANCE DES RELATIONS HUMAINES POUR BIEN RÉUSSIR SA TRANSMISSION

J’ai eu le plaisir d’échanger avec Xavier Delbecque, rédacteur pour le magazine REUSSIR VIGNE sur l’importance du facteur humain pour bien réussir sa transmission dans le cadre d’un dossier spécial consacré à ce sujet (n° 245 novembre 2017 ).

J’aborde dans cet interview les éventuelles tensions familiales, les points de blocage et la manière de les surmonter.

Pour bien réussir votre transmission, je vous invite à consulter ce dossier très complet, avec des conseils et le retour d’expérience détaillée de la famille BRUN propriétaire du chateau de Lauga dans le Bordelais ou bien encore de Alain Tramier, vigneron dans le Ventoux qui a cédé ses vignes à Olivier Legranger, un jeune viticulteur désireux de construire son domaine. De fait, en viticulture, une transaction sur cinq s’effectue hors cadre familial.

Bonne lecture !

Xavier Delbecque : Quels sont les aspects qui causent le plus de difficultés lors d’une transmission d’exploitation ?

Sylvie Brasquies : »À l’heure de la passation, la préoccupation principale des dirigeants est généralement d’ordre financière. Il faut dire que c’est ce qui leur vient directement à l’esprit. C’est vrai que les aspects fiscaux et juridiques ne sont pas simples techniquement, et qu’il ne faut pas se tromper. Mais souvent, le plus difficile est pourtant ce qu’il reste à faire derrière, c’est-à-dire passer concrètement le relais à son successeur. Car c’est là qu’entrent en jeu les problèmes humains. C’est un passage compliqué pour les dirigeants, qui sont tiraillés entre la peur de perdre le contrôle et l’envie de transmettre. Mais aussi pour le repreneur qui doit trouver sa place. De plus, les difficultés humaines sont insidieuses car on n’a pas forcément conscience des tensions. Si beaucoup de personnes cherchent de l’aide sur les plans financiers et juridiques, très peu demandent conseil sur l’aspect relationnel. Culturellement, on fait cela seul. L’offre est par ailleurs peu visible. Pourtant, il est intéressant d’avoir le regard de quelqu’un d’extérieur à l’entreprise, qui peut prendre du recul et étudier seulement l’intérêt du domaine. Gérer l’aspect humain est très important, car ces tensions peuvent avoir des répercussions sur les performances et la santé de l’entreprise. »

XD : Quelles sont les situations qui favorisent ce type de problèmes ?

SB : »Chaque entreprise est différente, et il existe autant de cas que de personnalités. Mais je distingue quatre aspects qui sont systématiquement à la base des tensions. Tout d’abord celui des valeurs fondatrices, qui peuvent être en décalage avec celles du repreneur, et qui impactent la vision d’avenir. C’est le cas, par exemple, pour un nouveau dirigeant qui souhaite quitter la coopérative pour être indépendant, ou bien passer en biodynamie, ou encore ne plus travailler qu’avec la grande distribution. Il y a ensuite l’aspect communication. Les non-dits peuvent être à l’origine de nombreuses complications. Puis vient la répartition des tâches. Le dirigeant peut avoir du mal à lâcher les rênes, ou au contraire, le repreneur peut se demander s’il est prêt. Enfin, il y a la façon de manager et d’animer les équipes. L’ancienne génération se caractérise généralement par un management vertical, où tous les ordres viennent d’en haut, alors que la nouvelle a souvent expérimenté le management horizontal, qui laisse place à la concertation. »

XD : Comment peut-on aller au-devant de ces difficultés et surmonter les tensions ?

SB : »Plus on parle tôt de la transition, plus le climat sera sain et serein. Je conseille de définir en amont un plan stratégique, qui tiendra compte des aspects financiers, juridiques, fiscaux, accompagné d’un plan de management. Ce dernier doit poursuivre trois objectifs. Il s’agit premièrement d’accompagner le nouveau dirigeant. L’idée est de voir quelles sont ses compétences (technique, commerce, gestion…) et de vérifier qu’il n’y aura pas de perte de savoir-faire. Au besoin, il faudra envisager des formations, recrutements ou choisir des consultants. Pour arriver à cela, il est important que les deux parties se connaissent bien. J’utilise personnellement la méthode du test Golden, qui permet de mieux se connaître, de se développer, et d’analyser quelles sont les différences de caractère qui pourraient être source de problème. Dans un deuxième temps, il faut définir une vision à court et moyen terme pour créer un nouvel élan ensemble. Quand on arrive à le formuler clairement, c’est gagné. Pour cela, il faut se mettre autour de la table, et discuter de ce qui est souhaitable, possible, indispensable… L’objectif final est de partager la même vision. Et dans un troisième temps, les protagonistes doivent mettre au clair très tôt la répartition des rôles. Cela peut passer par la rédaction d’une charte par exemple, avec les droits et devoirs de chacun. La formalisation crée un engagement moral qui apaise les tensions. À condition, bien sûr, que tout le monde s’y retrouve.
Pour finir, il est également important, dans le cas d’une exploitation familiale, de poser l’option que le fils ou la fille ne voudra pas reprendre, et dédramatiser. Se sentir obliger de revenir, même inconsciemment, peut créer un mal-être. La clé avant de prendre sa décision est de se poser la question : « Pourquoi est-ce que je souhaite faire du vin ? » »

Propos recueillis Par Xavier Delbecque
Par Sylvie Brasquies, publié en novembre 2017
Tous droits réservés©

 

degustation thematique sitevi

Dégustation Spéciale Développement durable

Neoverticales évoquera le facteur humain dans le développement durable lors de la dégustation thématique organisée par le magazine VITI et les Vignerons en Développement Durable au SITEVI 2017 à Montpellier, sur le thème de la Responsabilité sociale d’entreprise (RSE).

le Jeudi 30 novembre à 11h30 sur le stand VITI (A001 hall d’accueil)

Le SITEVI célèbre ses 40 ans : c’est l’occasion de parler Durabilité et de RSE. L’atelier expert mon-Viti est dédié aux professionnels de la filière Vigne/vin.

Vous avez l’opportunité de prendre part aux défis du développement durable pour la filière en répondant à notre quiz Développement Durable.

QUIZ DD

Rendez-vous sur le stand VITI – Hall d’accueil A001

S'installer en viticuluture

S’installer en viticulture

Neoverticales participera à la conférence organisée par Vitisphère au SITEVI 2017 à Montpellier, sur le thème de l’installation, le Mercredi 29 novembre de 11h30 à 13h – Salle B.

Le désir de s’installer s’exprime fortement par l’envie d’assouvir une passion ou de poursuivre la réalisation familiale. Sylvie Brasquies apportera un éclairage sur le talent vigneron et les ressorts humains de la réussite.

S’installer en viticulture : connaissez-vous les risques et les facteurs clés de succès ?
« S’installer en viticulture : c’est le projet d’une vie et souvent la concrétisation d’une passion. Mais certains s’y cassent les dents. En compagnie de professionnels de l’immobiliers viticoles et d’experts comptables, juridiques, et des ressources humaines, la conférence balaiera les problèmes rencontrés et les moyens d’éviter les embûches. De quoi débuter le plus beau du monde avec toutes les clés en main ! »

Animateur: Marion Sipeau Ivaldi, rédactrice en chef de Vitisphère (Montpellier)
Intervenants: Sylvie Brasquies (Neoverticales), Me Eric Nahmé, Jurisvin, Michel Veyrier (Vinea Transaction)

conférence casser les codes

Casser les codes : comment réinventer son métier de vigneron?

Les 4  et 5 avril 2017,  Neoverticales était parmi les vignerons et professionnels de la filière vin dans l’Aude, à Narbonne pour parler d’un thème transversal et  fort : 

« Casser les codes… vision, ambition ou trahison ? ».

Deux jours durant, nous avons débattu et nous nous sommes interrrogés sur les questions suivantes :

Un vigneron peut-il décider de casser les codes habituellement utilisés pour le secteur du vin ?

Pour quoi faire ? Comment ? Et quelles sont les conséquences ?

Casser les codes, cela serait un peu l’éldorado du vigneron. Imaginons un instant que la solution vienne aussi des vignerons eux mêmes et de leur capacité à cultiver leurs talents…

Sylvie Brasquies apportera un éclairage sur  le talent vigneron et sur les pistes pour réinventer son métier de vigneron.

Retrouver les rencontres nationales des Vignerons Indépendants dans l’Aude – 2017, les circuits découverte et la soirée de gala :

https://www.vigneron-independant.com/rencontres-nationales-aude-2017

Télécharger le programme 2017 :

Programme Rencontres Aude 2017