conférence casser les codes

Casser les codes : comment réinventer son métier de vigneron?

Les 4  et 5 avril 2017,  Neoverticales était parmi les vignerons et professionnels de la filière vin dans l’Aude, à Narbonne pour parler d’un thème transversal et  fort : 

« Casser les codes… vision, ambition ou trahison ? ».

Deux jours durant, nous avons débattu et nous nous sommes interrrogés sur les questions suivantes :

Un vigneron peut-il décider de casser les codes habituellement utilisés pour le secteur du vin ?

Pour quoi faire ? Comment ? Et quelles sont les conséquences ?

Casser les codes, cela serait un peu l’éldorado du vigneron. Imaginons un instant que la solution vienne aussi des vignerons eux mêmes et de leur capacité à cultiver leurs talents…

Sylvie Brasquies apportera un éclairage sur  le talent vigneron et sur les pistes pour réinventer son métier de vigneron.

Retrouver les rencontres nationales des Vignerons Indépendants dans l’Aude – 2017, les circuits découverte et la soirée de gala :

https://www.vigneron-independant.com/rencontres-nationales-aude-2017

Télécharger le programme 2017 :

Programme Rencontres Aude 2017

Echanger son savoir-faire

Echanger sans modération

S’interroger sur la standardisation des savoir-faire au sein de la filière vins

La majorité des jeunes vignerons sont issus des mêmes formations, des mêmes écoles, se réfèrent aux mêmes pratiques. À terme, je m’interroge sur une forme de standardisation des savoir-faire pour notre filière, qui pourrait se faire aux dépens de l’innovation et des parts de marché.

La filière crée-t-elle des conditions favorables au développement de nouveaux talents ?

Grâce aux échanges au sein de la filière, on est parvenu à favoriser des cépages oubliés alors même que 90% des vins sont élaborés à partir des même cépages internationaux (merlot, cabernet…). Avec la même volonté d’échange, le monde du vin a l’habitude d’être aux côtés des spiritueux dans les grands rendez-vous de la filière et dans les salons.

Néanmoins, chacun prend soin de rappeler ses spécificités en termes de produits, de marchés et de processus, qui font que les gens du vin ne s’attardent jamais très longtemps avec leurs confrères des spiritueux et vice versa… Certes, il existe effectivement des différences techniques, organisationnelles et commerciales importantes au sein de la filière, entre la Champagne, entre chaque région viticole ou bien encore avec les spiritueux… Mais la plus grande des barrières n’est-elle pas culturelle ?

Des barrières individuelles et culturelles à dépasser 

À un niveau plus individuel, chacun se dit  »j’ai commencé en Champagne ou bien j’ai débuté dans une cave coopérative et je vais avoir bien du mal à faire autre chose demain » Ces barrières culturelles posées entre les vins, le champagne ou les spiritueux ne facilitent pas la création de nouveaux espaces d’échanges et de collaboration, pour faire émerger de nouveaux savoir-faire au sein de la filière.
Malgré tout, certains parviennent à lever ces barrières pour passer d’un univers culturel à un autre. Ils sont rares et leur parcours professionnel n’est pas toujours bien compris par leurs pairs.

Quelles sont les qualités individuelles nécessaires pour passer du monde du vin au monde des spiritueux,

pour passer de la Bourgogne au Bordelais,

pour passer de la Champagne au Languedoc ?

Ce ne sont pas uniquement la passion et l’expertise technique, qui permettent de passer d’un univers à l’autre. Ce sont d’autres aptitudes moins techniques, comme l’ouverture d’esprit, qui éclaire le champ des possibles.

Arnaud Van der Voorde : un œnologue dans le calvados

Le parcours réussi de Arnaud Van der Voorde reflète ces possibilités d’échanges et d’évolution au sein de la filière V&S.
Lorsqu’en 2015, Arnaud Van der Voorde a rejoint Coquainvilliers dans le Calvados pour prendre la direction technique de trois Maisons de calvados (BoulardPère MagloireLecompte) et de la Maison Janneau en Armagnac, ses amis et confrères œnologues lui ont dit « tu ne pourras plus revenir dans le vin« …
Et pour cause, Arnaud est un homme du vin : il a commencé sa carrière d’œnologue à la cave de Tain, a mené de nombreux projets dans différents domaines et caves en particulier chez Jaillance en tant que chef de cave puis à la Maison du vigneron (GCF) dans le Jura en tant que responsable d’exploitation.Voici son témoignage.

S’ouvrir à d’autres produits que le vin avec une activité fermentaire

 »En ce qui concerne mon métier de directeur technique, je ne vois pas en quoi ce serait un problème de passer du vin aux spiritueux mais je conçois que cela puisse ne pas être compris… Il n’y a pas de pont évident entre le monde du vin et le monde cidricole. Pourtant, si l’on prend un peu de recul, on a un produit avec une activité fermentaire et des levures. On doit le transformer en un produit loyal et marchand tout aussi qualitatif… Je pense à mes amis sommeliers et dans l’hôtellerie. Ce sont des métiers différents mais les sommeliers travaillent avec les chefs cuisiniers. Chacun donne son avis sur les accords mets-vins. Ils disent ce qu’ils pensent, même s’ils travaillent dans des univers culinaires parfois complètement différents… »


« Pourquoi on n’arriverait pas, nous, de temps en temps, à voir comment on fait des spiritueux, comment on fait du cidre ou de la bière ? Il faut être passionné et ouvert d’esprit. Je suis persuadé que l’on ne peut grimper en qualité que si l’on s’écoute et que si l’on se dit les choses. »

S’ouvrir à d’autres pratiques œnologiques et commerciales

« J’ai travaillé avec des domaines et des caves coopératives qui avaient plus ou moins de moyens… Tout le monde veut avoir des médailles et des supers articles par les journalistes du moment. Il y a des structures qui disaient  »ça c’est l’objectif, on y va et on y met les moyens ». J’ai également connu des structures qui disaient  »on veut ça mais on n’a pas les moyens. Et finalement, c’est là que j’ai le plus appris.
Les producteurs de calvados sont beaucoup plus basés sur l’empirisme que sur le fondamental : ils n’ont pas eu assez de moyens pour faire de la recherche fondamentale sur tous les aspects techniques de leurs produits. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne savent pas ce qui se passe sur leurs produits.
De fait, il y a des opérateurs beaucoup plus attentifs. Quand ils vous posent la bouteille sur la table, c’est eux qui l’ont fait et l’œnologue conseil n’a pas travaillé seul sur leur produit. On discute avec beaucoup de gens très intéressants en permanence.
Il y a la même chose en Armagnac. Si je reviens un jour sur une région vinicole, je pourrai expliquer quels types de moyens on est parvenu à mettre en place. Aller dans une région qui manque de moyens techniques, c’est aussi formateur. »

Savoir s’étonner et échanger
 

“Mon directeur m’avait demandé un rapport d’étonnement que je lui ai remis au bout de trois mois où je lui expliquais ce que je voyais en termes de cohérence de gamme. Je ne voyais pas pourquoi dans la plus prestigieuse de nos Maisons, on démarrait la gamme avec un produit très jeune compte 2 ou compte 3. Pour moi, si c’est une maison prestigieuse, les produits d’entrée de gamme sont à minima  »premium », donc pas inférieur à 12 ans d’age.
Chacun peut apporter une vision complémentaire : c’est pour cela qu’il faut savoir écouter et se dire les choses. »

Saisir l’opportunité de l’échange pour éviter la sclérose

En conclusion, une filière où se ne créent pas suffisamment d’échanges entre les métiers et les régions, prend un jour le risque de se scléroser. De même, au niveau individuel, chacun peut se dire qu’il a un champ d’opportunités beaucoup plus vaste qu’il ne l’imagine.
Il est possible de passer d’un univers à un autre et certains l’ont fait avec succès. L’échange et la mobilité représentent une opportunité de développer de nouvelles compétences, d’acquérir des expériences variées et de cultiver ses réseaux professionnels.
Au-delà de ce constat, chacun a tout à gagner à développer son ouverture d’esprit pour réussir : à être en veille, à se montrer curieux et disponible pour appréhender d’autres produits, d’autres pratiques œnologiques et commerciales, pour s’étonner et échanger avec les autres.

Voir les autres articles CERTIFIES TALENTS

Carel Voorhuis - Champagnist.nl

Piloter le changement : retour d’expérience de Carel Voorhuis

Convertir son vignoble en biodynamie est un vrai projet de changement

Pour illustrer les 6 points prioritaires de mon article précédent à propos du passage en biodynamie, j’ai choisi d’interviewer Carel Voorhuis, l’ancien régisseur du Domaine d’Ardhuy à Corgoloin en Bourgogne. Il a vinifié un large éventail de crus en viticulture raisonnée avant de conduire le domaine avec succès jusqu’à la certification en biodynamie en 2012. Après 14 ans passés au Domaine d’Ardhuy, Carel vient de rejoindre la Maison Camille Giroud en tant que régisseur.

1-Anticiper les changements techniques en amont du projet de conversion

Pour Carel, l’un des points clés est l’anticipation : « Avant même de pratiquer les premiers essais en bio, le choix d’une stratégie de qualité conduit à intensifier les labours, à réduire les doses de désherbage pour s’orienter vers du désherbage d’appoint, à arrêter la fertilisation chimique pour se contenter de traiter les carences s’il y en a.  »

Ces changements de techniques doivent être mis en œuvre bien en amont du projet de conversion.

2-Bien communiquer auprès de son équipe ce qui va changer

La conversion en viticulture biologique est une décision qui va provoquer d’importantes modifications au niveau de l’organisation pour les ouvriers viticoles au niveau des méthodes et matériels utilisés. Il est important d’expliquer ce qui va changer pour eux.

‘’En viticulture bio, les ouvriers viticoles ont globalement un environnement de travail plus sain. Ils ont des vignes moins vigoureuses. Cela implique des bois moins gros à tailler. Et même lorsqu’on a un sécateur électrique, cela veut dire potentiellement moins de TMS, mais aussi moins d’ébourgeonnage, moins de pampres en surnuméraire…

Globalement, si on fait un sondage, il n’y en a pas beaucoup qui retournerait en arrière.

3- Mettre en place une nouvelle organisation pour gérer l’augmentation de la charge de travail

Lorsque le Domaine d’Ardhuy était en lutte raisonnée, il utilisait deux tracteurs enjambeurs et deux tractoristes pour travailler ses 40 hectares. Aujourd’hui il y a cinq tractoristes, qui font beaucoup d’heures supplémentaires : « En saison, il faut traiter quasiment toutes les semaines alors qu’avant avec des pénétrants ou des systémiques on pouvait tirer 12 à 14 jours. »

Le travail dans les vignes n’est pas radicalement différent mais il y a eu une charge de travail beaucoup plus importante, ce qui veut dire une organisation plus pointue à avoir…

4-Faire des essais et apprendre de ses erreurs

Afin de s’assurer que l’orientation que l’on veut prendre est la bonne pour son vignoble, il faut d’abord faire quelques essais en viticulture biologique et de contourner certains écueils techniques.

Pour moi, le principal écueil de la bio et de la biodynamie, c’était le cuivre.

« Quand on a fait nos tests en bio, on a commencé à valider avec nos propres expériences, ce que l’on nous disait en biodynamie mais qu’à la base j’avais du mal à croire : avec des traitements à des doses très faibles de l’ordre de 200 g de cuivre métal par hectare, cela permettait de tenir, en renouvelant quand c’était lessivé. »

On a vu que ça marchait parfaitement bien et on a décidé de faire la conversion.

5-Gérer sa motivation tout au long du processus pour dépasser les étapes difficiles

La période de conversion est de trois ans pour obtenir la certification. D’un point de vue technique, le vigneron traverse des étapes de frustration et de doute : « 2012 a été une année très compliquée avec du mildiou sur grappes et on a perdu pas mal de récolte et il se mettait à pleuvoir aux périodes où on faisait un traitement… »

On savait très bien que nos cuivres étaient lessivés, qu’on allait avoir des contaminations mais on était impuissants.

Finalement, malgré la prise de risque que cela comportait, le domaine d’Ardhuy a décidé de rester en biodynamie et de tenir bon.

6-Mener le changement jusqu’aux circuits de distribution

L’obtention d’une certification marque un nouveau départ pour le vigneron. Le passage en biodynamie s’accompagne également d’une évolution de la politique commerciale pour assurer la rentabilité de son domaine. Il s’agit de cibler un nouveau panel de distribution pour accéder à une clientèle haut de gamme au détriment de marchés moins rémunérateurs.

Le passage à la biodynamie est un projet de changement profond dont on ne peut pas sous-estimer les aspects humains : on introduit de nouvelles valeurs à partager, on touche aux habitudes de travail de chacun. La phase la plus critique est celle où le vigneron vit des moments de doute et de remise en question. Il s’agit d’une étape forte où le vigneron « désapprend » pour mieux s’engager vers de nouvelles habitudes de travail.

En conclusion, le passage en biodynamie nécessite de nouvelles capacités techniques et commerciales et exige de grandes qualités humaines pour entreprendre un nouveau départ pour soi et son vignoble.

Par Sylvie Brasquies, publié le 23 novembre 2017
Tous droits réservés©

 

David Lefort 2016

Kairos ou le talent de l’alchimiste

Transformer la réalité banale de grains de raisins en un vin qui se révèle parfois exceptionnel, voilà qui relève de l’alchimie. Le talent de l’alchimiste, c’est vivre au plus près de ce qui est en transformation : la terre, la vigne, la plante, le raisin, le vin. Ce talent n’est pas un don, il se développe. 

Il existe bien des manières d’acquérir des compétences en viticulture et en œnologie. Mais le talent est bien le fruit d’un long processus d’entrainement personnel.

Les points clés pour développer son talent d’alchimiste

  1. Travailler son sens de l’observation, sa sensibilité au terroir pour comprendre en détail les interactions entre le sol, le climat et la plante.
  2. Prendre du recul sur son travail quotidien et conserver une vue d’ensemble pour opérer les bons choix dans les vignes, en matière de vinification et d’élevage.
  3. Expérimenter de nouvelles façons de faire et se donner du temps pour les évaluer.
  4. Produire un vin en accord avec ses valeurs et ses convictions personnelles.

Pour illustrer ce talent, nous avons choisi d’interviewer un néo-vigneron dans une région viticole, où le rôle du vigneron est intimement lié au terroir : la Bourgogne.

David Lefort a racheté la maison et la cave d’un ancien vigneron de Rully en 2012. Depuis 2010, le domaine Lefort exploite deux hectares de mercurey 1er cru et trois hectares en appellation rully depuis 2013.

Ce jeune vigneron s’est appuyé sur un parcours original pour tracer une voie qui lui est personnelle : exploiter ses parcelles en viticulture biologique. David n’avait pas d’héritage viticole. Pourtant, il est parvenu à s’installer, à remettre en état ses parcelles, à doubler sa capacité de production de 4 000 à 9 000 bouteilles, à s’imposer auprès du réseau CHR et à faire de son mercurey 1er cru Castille, un vin signature auprès de grandes tables étoilées ou prestigieuses. En un mot, il est ”Certifié Talent”.

On ne naît pas alchimiste, on le devient

Le savoir-faire parfaitement maîtrisé de David Lefort pour vinifier ses parcelles de mercurey 1er cru, est le fruit d’un long processus d’entraînement personnel.

Depuis longtemps, David Lefort aime la nature, le concret, les choses qu’il peut manipuler et faire fonctionner. Il voulait devenir médecin et a d’abord étudié la philosophie des sciences et l’éthique médicale à la Sorbonne, avant de réaliser un master professionnel “vigne, vin, terroir” à l’université de Bourgogne. Son stage d’études sur les paramètres physiques et biologiques du Clos de Tart a été déterminant dans le développement de sa compréhension des interactions entre le sol, le climat et la plante.

De la même façon, son expérience en parallèle de ses études, en tant que saisonnier au domaine Lorenzon à Mercurey, lui a permis de développer son autonomie pour rentrer une vendange, la vinifier et effectuer les bons choix en matière d’élevage.

Une vision pour ses vins

Pour David Lefort, les valeurs sont importantes. Parti d’une page blanche, sans héritage viticole, il s’est lancé dans son nouveau métier de vigneron en réalisant ses propres choix pour son vignoble. Pour lui, le principal, c’était d’être en viticulture biologique car cela fait partie de ses convictions personnelles.

“Le pinot noir est un cépage assez délicat, assez compliqué à vinifier, Il faut un bon équilibre entre le sucre et l’acidité. Il faut être vigilant sur la maturité phénolique. On va goûter les raisins, croquer la peau, les pépins et on va se dire c’est le bon moment pour vendanger… C’est en travaillant comme cela, à la sensibilité, et au feeling que j’ai construit et trouvé un terme, “kairos”, qui résume bien ma philosophie.”

David est ainsi parvenu à exprimer sa vision pour ses vins à travers l’idée du kairos : “S’il n’y a qu’une façon de faire le bien, il est bien des manières de le manquer. L’une d’elles consiste à faire trop tôt ou trop tard ce qu’il eut fallu faire plus tard ou plus tôt…”

Les Grecs ont un nom pour désigner cette coïncidence de l’action humaine et du temps, qui fait que le temps est propice et l’action bonne  : c’est le “kairos”, l’occasion favorable, le temps opportun , aime-t-il à rappeler sur ses étiquettes.

La première vendange pour révéler le terroir de chaque parcelle

Lors de sa toute première vendange, David Lefort avait décidé de faire des micro vinifications pour identifier le côté terroir de ses deux parcelles Clos l’évêque et Champs Martin.

“Quand on s’installe, on fait un état des lieux et après on se dit: qu’est-ce que je vais faire de tout cela ? Je voulais voir ce que mes vignes avaient dans le ventre en faisant cinq cuvées différentes, quitte à les assembler ensuite…”

David aurait pu faire une seule cuvée mercurey 1er cru. Ou bien deux. En fait, il en a fait cinq. Il a fait passer une première fois les vendangeurs, en leur demandant de sélectionner les plus beaux raisins à la fois dans le Clos l’évêque et dans le Champs Martin. Ces deux vendanges là, il les a vinifiées dans des 500 litres de vinification, en petits volumes. Il a ensuite séparé les raisins issus du bas du Clos l’évêque, qui est une parcelle de 90 ares de vieilles vignes, de ceux du haut du Clos l’évêque composé de 60 ares de jeunes vignes… ceci afin de mieux révéler les différents terroirs.

La première qualité, c’est l’observation

Le talent de l’alchimiste, c’est finalement de l’empirisme et du savoir-faire. Cela vient au fil des années. 

“C’est observer la nature, anticiper sur la météo, savoir comment la plante, la vigne, la végétation se comportent, c’est se déplacer dans les parcelles pour voir comment cela réagit. C’est un ressenti, qui va conditionner mon intervention, même s’il y a eu beaucoup de pluies sur mes deux parcelles, je ne vais pas forcément traiter l’une comme l’autre…

C’est vraiment l’observation parcellaire qui me guide au départ, puis j’ai des outils d’aide à la décision comme des bulletins météo pour savoir si je vais traiter ou ne pas traiter, vendanger ou pas.”

Faire des choix et expérimenter

David aime à distinguer ce qui dépend du vigneron et qu’il peut contrôler, de ce qui ne dépend pas de lui. 

L’alchimiste va effectuer des choix tout au long de l’année, dans la vigne, dans la cuverie, pendant l’élevage ou encore pour la mise en bouteille pour arriver à un produit. Il lui est aussi nécessaire de savoir faire varier les paramètres, même s’il arrive à un produit tout autre. 

“Jusqu’à maintenant, je n’ai pas filtré ni collé mes vins. J’ai essayé de le faire sur une cuvée. On est là pour accompagner le vin jusqu’à la bouteille sans trop d’intervention technologique. Sur les blancs, il faut être plus vigilant, maîtriser un peu plus certains paramètres comme le taux de sulfites. J’ai fait l’expérience d’un millésime à l’autre sur l’un de mes blancs. Je compare à ce que j’avais fait précédemment. Pour moi, la technique essayée dépouille un peu mon vin, mais je gagne en pureté et en netteté. En revanche, on est sur un vin un peu plus ”standard”…

Il faut voir avec le temps, avoir du recul, pour savoir si on va retrouver les mêmes caractéristiques que les vins précédents, en modifiant juste une technique.

Le talent de l’alchimiste, c’est aussi de savoir opérer des choix en s’adaptant au millésime

“Ce qui est très intéressant et ce qui est magique dans le métier, c’est que l’on ne sait pas vraiment ce que l’on va obtenir comme produit mais on y travaille. On fait des choix. C’est finalement l’expérience qui va nous conduire à répéter chaque année les bonnes choses et puis à éliminer toutes les petites erreurs, qu’il faut rectifier car ce n’est pas le même millésime, il faut s’adapter d’année en année.”

Pour conclure, le parcours de David Lefort démontre aussi que pour réussir, le vigneron doit savoir entreprendre et poser les grandes lignes de son développement futur.

Si l’alchimiste est connecté à ses vignes et à son vin, il ne néglige pas pour autant le lien avec les marchés et les consommateurs.

”Cela me plaît beaucoup d’accueillir les gens, de leur raconter mon histoire et ma philosophie, de les faire déguster au domaine et qu’ils ne repartent pas seulement avec un vin mais avec quelqu’un derrière la bouteille, une personnalité, quelqu’un qui est parti de rien, qui ne se destinait pas à cela, et qui finalement a construit tout un grand projet.”

Par Sylvie Brasquies, publié le 02 Juin 2016
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https://neoverticales.com/2016/05/19/talent-vigneron/

https://neoverticales.com/2019/10/21/transmettre-des-emotions-en-parlant-de-son-vin/

https://neoverticales.com/2019/10/21/la-vision-du-vigneron-pour-exprimer-son-terroir/

https://neoverticales.com/2019/10/21/etre-connecte-avec-la-terre-les-vignes-et-le-vin/

cultiver aussi vos talents

Vignerons : cultiver (aussi) vos talents

Quels talents développer pour réussir auprès des marchés?

Talent, voilà un mot qui raisonne souvent dans les métiers artistiques, dans la gastronomie ou bien dans le sport de haut niveau. Dans le monde du vin, il y a aussi des talents historiques, les grandes personnalités du vin qui portent le rayonnement de chaque région viticole et de jeunes talents qui se lancent de nouveaux défis en biodynamie ou en HQE.

Le talent procure une compétence clé face à la concurrence

Au-delà de la passion, au-delà des compétences, c’est le désir d’excellence, la vision, l’esprit d’entreprendre, l’ouverture et les qualités relationnelles qui font la différence auprès des marchés.
Mais le talent n’est pas un don. Et il ne se transmet pas de père en fils ou de père en fille. Le talent doit être développé pour s’exprimer.
Développer son talent procure un avantage sur ses concurrents car il permet d’acquérir une compétence clé au niveau de son Domaine et de bâtir sa réputation auprès des consommateurs.

Pourquoi s’intéresser aux talents de la filière ?

Le métier de vigneron a connu des évolutions majeures ces 25 dernières années. Le modèle de production a changé. La taille et la nature des exploitations ont évolué. Le vigneron d’aujourd’hui a vécu d’autres expériences, il a d’autres centres d’intérêt et son conjoint ne travaille plus forcément sur l’exploitation. Le vigneron emploie des salariés pour exploiter une surface plus grande. La manière de commercer n’est plus la même. Chaque circuit de distribution exige une approche spécifique. Face à la baisse de la consommation de vins en France, tous les vignerons sont amenés à aller à l’export, bien au-delà de l’UE.

Comment s’exprime le talent d’un vigneron ?

Nous constatons que les vignerons qui ont réussi à imposer et à valoriser leurs vins sur les marchés ont été capables de renouveler leurs pratiques vitivinicoles, ont su se montrer créatifs dans tous les domaines de la vigne au verre. Le talent peut s’exprimer à toutes les étapes de la production de la vigne, au chai jusqu’à la commercialisation des vins. Dans le talent, les qualités personnelles sont aussi importantes que les compétences et l’expertise.

Le talent du vigneron s’exprime d’abord à travers son entêtement.

Avoir du talent, c’est affirmer un niveau d’exigence qui vise l’excellence. Cette exigence s’exprime différemment pour chaque vigneron à travers l’entêtement, la passion ou bien encore son engagement personnel. Cet incroyable entêtement à faire du vin, c’est le témoignage que nous a laissé Henri Jayer, lorsqu’il évoquait la manière dont il a enlevé tous les cailloux un à un, dans le vignoble de Richebourg, devenu aujourd’hui le vin le plus cher du monde…

Le talent, c’est aussi un savoir-faire parfaitement maîtrisé.

Faire du vin, c’est maîtriser l’agronomie, la vinification, être rigoureux dans les temps de macération, sur les températures, être précis dans ses gestes. Cette parfaite maîtrise technique est le fruit d’un long entraînement. Le vigneron apprend petit à petit en fonction des millésimes, au contact des vins qu’il vinifie.

Le talent, c’est se montrer capable de renouveler ses pratiques et s’ouvrir au changement.

Renouveler ses pratiques viticoles, c’est savoir faire évoluer ses méthodes culturales et son processus de vinification. C’est cette capacité à innover qui va procurer au vigneron un avantage sur ses concurrents. Pour autant, le vigneron ne doit pas chercher à innover constamment. Cette capacité à innover doit s’inscrire dans une recherche de stabilité de la qualité, millésime après millésime. S’ouvrir au changement, c’est être en mesure de s’ouvrir aux nouveaux marchés, aux nouveaux clients et aux nouvelles technologies. Le vigneron doit se montrer ouvert sur le monde et échanger avec d’autres vignerons, même s’ils travaillent sur d’autres terroirs.

C’est cette association de traits de personnalité, d’un savoir-faire parfaitement maîtrisé et d’une exigence d’excellence qui constituent le talent du vigneron.

Mais le talent n’est pas un don. Et il ne se transmet pas de père en fils ou de père en fille. Le talent doit être développé pour s’exprimer.

Cultiver ses talents pour réussir sur les marchés ou monter en gamme

Rechercher les meilleures pratiques viticoles compte tenu du réchauffement climatique et des attentes environnementales. Gérer une exploitation plus grande. Vendre plus loin, avec des circuits de distribution plus spécialisés. Voilà quelques-uns des défis que devra désormais relever chaque vigneron.

Par Sylvie Brasquies, publié le 19 Mai 2016
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Passeur d'émotions

Transmettre des émotions en parlant de son vin

LE TALENT DU VIGNERON : ÊTRE CAPABLE DE FAIRE PASSER DES ÉMOTIONS

Tout comme le vigneron est connecté avec la terre, les vignes et le vin, il doit être connecté avec les consommateurs. 

C’est à lui de raconter son histoire, de communiquer sur ses valeurs, de décrire la personnalité de ses vins. 

Loin d’une simple communication sur le simple registre technique, les vignerons qui parviennent à s’imposer sur les marchés en France et à l’export ont su développer cette capacité à transmettre des émotions en parlant de leurs vins.

Dans le monde du vin, tout se passe de l’oreille à la bouche. 

Pour réussir sur ses marchés, il est nécessaire de se montrer suffisamment ouvert et communicant auprès de ses clients. Il n’y a pas d’évidence en la matière. Le vigneron, le régisseur qui incarne l’esprit du domaine ou bien encore le responsable commercial, doit exprimer sa passion et son inspiration pour ses vins afin que le consommateur accède à l’émotion et au plaisir lorsqu’il les dégustera …plus tard. Il est naturellement plus facile pour un vigneron d’incarner et de communiquer sur un vin qu’il a lui-même élaboré. Par conséquent, il est important que tous ceux qui sont impliqués dans la distribution et la vente des vins soient en mesure de faire passer ces émotions auprès des consommateurs. Cela exigera de leur part de rester connectés avec les vignes et le vin, de savoir développer leur ‘’culture du vin’’ et d’intégrer l’histoire et les valeurs du domaine qu’ils représentent.

Cette capacité d’émouvoir est aussi un art, tout comme peut l’être l’art de révéler un terroir. 

Comment communiquer sa passion et son inspiration pour le vin que l’on produit ? Chacun exprime ce talent différemment en s’appuyant sur ses propres références, pour transporter le consommateur vers un imaginaire. Certains comparent l’élaboration du vin à une œuvre musicale qui mettrait en scène le terroir, les cépages et le vigneron dans leurs rôles respectifs de compositeur, d’instrument et d’interprète. Dans le monde du vin, en particulier des grands vins, les gens sont à le recherche d’histoires. Ils adorent les histoires d’hommes et de femmes… Le vigneron qui communique sur le seul registre technique aura du mal à toucher le consommateur. Décrire des étapes de vinification ou le cycle de la vigne qui ont précédé la naissance de ses vins, comme la gelée de printemps, le rognage serré, la vinification en vendanges entières et autres levures indigènes…ne suscitent pas vraiment d’émotions chez le consommateur. Or certains consommateurs de vin recherchent aussi une émotion, un partage d’émotions.

En somme, le talent d’un vigneron s’illustre dans cette capacité à exprimer la personnalité de son vin, son envie et sa passion pour faire ses vins. Le talent d’émouvoir, c’est dépasser le simple registre technique pour ouvrir au consommateur les portes d’un nouvel univers émotionnel.

C’est permettre au consommateur d’accéder à l’histoire, à la vision du vigneron pour exprimer son terroir et à la personnalité de ses vins.

Article rédigé par Sylvie Brasquies, le 07 Avril 2016

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https://neoverticales.com/2016/05/19/talent-vigneron/

https://neoverticales.com/2016/06/02/talent-vigneron-alchimiste/

Exprimer sa vision

La vision du vigneron pour exprimer son terroir

LE TALENT DU VIGNERON : EXPRIMER SON AMBITION POUR SON DOMAINE ET SES VINS

La connexion avec la terre, les vignes et le vin est une des pierres angulaires du talent. Mais pour le vigneron qui veut s’imposer sur les marchés et réussir sa montée en gamme, le talent ne limite pas aux portes du terroir. Cela implique de mobiliser d’autres qualités individuelles.

Le vigneron doit exprimer sa vision du futur pour son domaine et bâtir la stratégie nécessaire à sa réalisation.

Formuler sa vision, c’est expliquer aussi bien à son équipe dans les vignes et dans le chai, qu’à ses distributeurs pourquoi il veut faire ce vin. C’est communiquer sur cette ambition auprès de ses clients et vis-à-vis des marchés.

Bâtir la stratégie nécessaire à la réalisation de cette vision implique d’avoir une vue globale de son environnement et des marchés que l’on cible. Pour cela, il est nécessaire entre autres de :
– analyser ses forces et ses faiblesses ainsi que ses concurrents,
– repérer les meilleurs leviers pour valoriser la qualité de ses vins, l’adaptation de son offre aux attentes de ses clients et sa comptabilité avec sa stratégie de distribution
– définir en une phrase simple et courte ce qui fait sa singularité.
– se fixer des objectifs en volume et en valeur
– identifier les conditions de création d’une nouvelle gamme

A partir de là, le vigneron sera plus à même d’engager la réflexion sur ses méthodes culturales et son processus de vinification.

Rencontrer d’autres vigneronsvoyager dans d’autres vignobles en France et à l’étranger lui ouvrira de nouveaux procédés et outils pour atteindre la qualité, lui permettra de connaître de nouveaux marchés, de nouveaux modes de commercialisation, avec une compréhension globale de son environnement.

Savoir expliquer pourquoi on fait ses vins, ainsi que les valeurs auxquelles on est attaché, c’est aussi expliquer aux consommateurs et aux marchés en quoi on est différent et ce qui fait votre talent de vigneron.

Article rédigé par Sylvie Brasquies, le 23 mars 2016

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https://neoverticales.com/2016/05/19/talent-vigneron/

 

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Jeune viticulteur

Etre connecté avec la terre, les vignes et le vin

LE TALENT DE CELUI QUI FAIT LE VIN

‘’Il y a les compétences, le sérieux et le talent’’, affirmait déjà Hubert de Montille dans Mondovino en 2004.

Au-delà de ses compétences, le talent d’un vigneron renvoie à son exigence personnelle, à la maîtrise d’un savoir-faire et à des traits de personnalité, qui vont le différencier dans son rapport aux vignes et au vin : un sens aigu de l’observation, une obsession du détail, sa sensibilité… In fine, une véritable connexion avec la terre, les vignes et le vin.

Le plus grand combat reste toujours dans les vignes. 

Fini le temps où le vin se faisait dans les chais ? En tous cas, certains notent une tendance pour revenir à la vigne. 

Développer son talent à la vigne, c’est mieux comprendre les sols, la biodiversité, le développement des ceps pour faire s’exprimer le terroir.

Cela nécessite de mobiliser des compétences de plus en plus complexes en agro-écologie, pour s’adapter au changement climatique notamment. Il faut de la finesse pour comprendre qu’on ne peut pas généraliser la conduite de la vigne comme celle du voisin, comprendre que chaque vigne est un cas particulier. Il faut vivre son vignoble au jour le jour pour avoir des sols vivants.

Le talent du vigneron s’exprime d’abord à travers cette persévérance et son approche méthodique. 

La première exigence est de vendanger chaque parcelle de vigne au bon moment. La pression est parfois forte vis-à-vis de l’équipe viticole. Il faut pouvoir convaincre qu’on ne va pas traiter ou bien vendanger demain. Le talent du vigneron, au-delà de ses compétences techniques est de se montrer pédagogue et de démontrer de véritables compétences humaines au sein du domaine.

Sa capacité à agir avec rapidité et précision feront la différence, pour décider de la date des vendanges, du temps de macération et du décuvage. 

Il faut ressentir le vin, savoir ce que l’on recherche, une qualité d’équilibre, de tanins, qui s’apprend petit à petit en fonction des millésimes, au contact des vins que l’on vinifie. 

La connexion avec les vignes et la concentration dans les dégustations sont deux clés essentielles pour révéler un terroir et parvenir au meilleur assemblage possible.

En conclusion, l’exigence, le sens de l’observation et la sensibilité sont finalement les mots qui définissent le mieux le talent de celui qui fait du vin.

Auteur de l’article : Sylvie Brasquies, le 09 mars 2016

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Grand tasting

Vendre en Chine : dépasser les différences culturelles

La culture n’est pas une simple affaire de bon sens

Carrousel du Louvre, le Grand Tasting Bettane et Desseauve, Master Class de dégustation géo-sensorielle, présentée par Jacky Rigaud de l’Université de Bourgogne.

A ma gauche, la propriétaire d’un restaurant du centre-ville de Dijon, à ma droite un groupe de Chinois venus faire leurs études en master sciences de la vigne et du vin à l’Université de Reims Champagne.

Je repense à ce moment précis combien la culture n’est pas à considérer comme un élément mineur que l’on pourrait gérer avec un peu de bon sens, ou en s’appuyant sur ses propres normes culturelles, en imaginant les imposer aux autres.

Cela conduirait inévitablement à des erreurs de jugement ou bien d’analyse.

Le plus souvent, on associe le succès d’une politique de développement à l’export à l’acquisition et à la maîtrise de nouvelles compétences marchés et linguistiques.

Même si l’on choisit au départ un rapprochement avec une entreprise locale, les différences culturelles peuvent avoir des conséquences importantes sur les relations commerciales et dans la négociation.

Combien d’entreprises prennent vraiment le temps d’intégrer les problèmes interculturels ?

Vous avez décidé de miser sur le salon international Vinexpo Asia Pacific qui réunit les principaux professionnels de la filière ?

Vous avez ciblé un futur client chinois ?

Sur place, vous vous retrouvez dans un stand avec beaucoup de monde autour de vous. Vous avez du mal à comprendre le rôle et la fonction de vos différents interlocuteurs, qui écoutent beaucoup mais parlent peu.

Qui est véritablement le décideur ? Ils ont tous des titres importants. L’un d’entre eux dort à moitié, un autre fait beaucoup de gestes en regardant son autre collègue. On vous fixe assez rapidement un prix. Ce n’est pas votre façon habituelle de procéder, vous avez l’habitude de partir d’une base de négociation avec des conditions générales de vente et des tarifs.

Sur la plan culturel, vous êtes rapidement déstabilisé par l’attitude de vos interlocuteurs chinois– par rapport à vos habituels partenaires européens- et par le fait que ces derniers ont une idée très claire de la manière de mener les échanges, sans avoir sous les yeux l’analyse précise des coûts et des marges de manœuvre.

Vous êtes venus pour contracter, si possible assez vite car votre avion repart demain.

Vos interlocuteurs chinois sont là pour apprendre à vous connaitre, vous tester au cours de différents allers retours avant de faire réellement des affaires ensemble…

Comment comprendre et dépasser ces différences culturelles ?

Compte tenu de la diversité des pays présents en Asie, il serait hasardeux de décrire un modèle culturel ‘’asiatique’’.

Si l’on se tient strictement à la sphère des affaires, certains spécialistes ont identifié des traits communs liés à l’influence de la Chine dans la région et au rôle du confucianisme.

Selon ces mêmes spécialistes, l’entreprise asiatique est structurée autour de liens familiaux solides, où le respect de la hiérarchie et l’influence du groupe, plutôt que la personnalité de l’individu, sont des éléments essentiels.

Le protocole, le rang et le statut sont également très importants.

Expérimenter pas à pas

En synthèse, dans le cadre de vos relations commerciales avec la Chine, il est important d’éviter toute précipitation, d’avancer pas à pas. Tout n’est pas écrit et défini à l’avance, on peut évoluer au fur et à mesure des contacts.

Il ne faut pas se bloquer et éviter de se concentrer sur un seul critère (le prix par exemple) mais au contraire échanger sur les autres aspects de la relation : la confiance, le gain mutuel, la satisfaction des parties, les services rendus….

Tenir compte des intérêts de chacun en dépassant les positions de l’un et de l’autre, développer plusieurs options possibles pour parvenir à un résultat raisonnable et admis par vous et votre futur client.

Par Sylvie Brasquies, publié le 05 février 2014
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